Tout entière

Tout entière


Aujourd’hui à 48 ans, dans ce moment où tout semble comme suspendu, où demain est l’inconnu, où les informations fusent dans tous les sens et les échos du monde m’assomment, je me mets en état d’apesanteur. Des questions alors en suspens refont surface, Quelle femme je suis ? Qu’est-ce que c’est qu’être femme ? Que m’a transmis ma mère? Et qu’est-ce que j’ai transmis moi à ma fille ? Qu’est-ce qu’on reproduit toujours ? Comment ça nous échappe ou pas ?

Je ne suis pas auteure, je suis interprète, et raconter ma vie ne m’intéresse pas, c’est mon secret. Je cherche donc un texte qui entrerait en résonnance avec mes interrogations du moment. Un monologue de femme, une fiction dans laquelle je pourrais me retrouver à 100 %.

Alors nous nous mettons en quête de ce texte qui pourrait nous correspondre à tous les deux. Tout entière nous tombe dessus. Une intuition commune, oui c’est ça, cette pièce là.

L’écriture de Guillaume Poix me séduit.
A la lecture du texte, les mots coulent, trouvent facilement leur place dans mon élocution. J’ai du plaisir à les dire et j’ai envie de jouer avec eux.
Qui est Vivian Maier ?
Qui est cette femme qui raconte l’histoire de cette nounou photographe ?
Les réalités de ces deux femmes se perdent en route, la fiction prend place, le fantôme s’incarne, l’histoire se déplie, la situation se renverse.
Guillaume Poix propose à la comédienne qui joue une plongée progressive vers l’intime.
Je suis pudique, ça me fait peur. Qu’est-ce que je choisis ou pas de révéler ? En tout cas, c’est une expérience, et j’ai le sentiment qu’il faut aller jusqu’au bout. Un engagement.
Je me retrouve alors dans la situation de Vivian Maier.
Le jeu du chat et de la souris s’opère. C’est jouissif et totalement vertigineux.
Et la part mystérieuse de Vivian Maier reste.
Je suis comme les sujets de ses photos, je le lis dans leurs regards, obligée de m’abandonner pour capturer un moment de vrai.
Je plonge.
Je rentre dans l’œuvre de Vivian Maier par la fiction de Guillaume Poix et je me mets à enquêter sur cette femme comme dans la pièce. Je suis le même processus, comme un puzzle. Je pose pièce par pièce, je compose, et l’image finale apparaît, celle d’une femme qu’on a du mal à cerner, qui se cherche, une personnalité complexe. Une femme en quête d’identité.
Je me glisse dans l’image finale. Je m’y reconnais.
Un étrange effet de miroir.
J’adore. Au travail !

Réjane Bajard


L’agenda des dates à venir est en page d’accueil.
Création 2022
 

Mise en scène : Olivier Maurin
Jeu : Réjane Bajard
Son : Mathilde Billaud
Lumières : Franck Besson
Costumes : Emily Cauwet-Lafont
Scénographie : en cours

Coproduction ACB, scène nationale de Bar le Duc, avec le soutien du Théâtre Joliette à Marseille (aide à la résidence)
Production en cours


 

Extraits de À la recherche de Vivian Maier, de John Maloof, capture d’écran d’un film Super 8 de Vivian Maier.